Buste d'un prince d'Ougarit, ville où fut découvert l'alphabet          
    
         
 



Actualité

M. Marini : Les relations franco-syriennes doivent évoluer vers davantage de normalité, de rationalité et de réalisme
16 juillet 2008

 Philippe Marini, le Président du Groupe interparlementaire France-Syrie effectue une visite à Damas du 22 au 28 juillet qui intervient une semaine après la visite du Président Assad à Paris et du lancement du projet d’Union pour la Méditerranée. A cette occasion, M. Marini a accordé une entrevue à LaSyrie.net.


Dans quel contexte s’effectuera votre projet de mission à la fin juillet?

Après le gel des relations politiques entre la France et la Syrie, à partir de 2005, notre groupe n’a cessé de mener une action conforme à sa vocation : poursuivre le dialogue, de façon libre mais franche. Aujourd’hui, à l’occasion de la reprise, sous l’égide de la Turquie, des pourparlers entre Israël et la Syrie, du début de déblocage de la situation libanaise, de la reprise de contacts au plus haut niveau entre la France et la Syrie, du lancement du projet d’Union pour la Méditerranée, le 13 juillet à Paris, auquel a participé le Président Assad, nous constatons avec plaisir de nombreuses évolutions et il nous semble important tout à la fois de les mieux percevoir et de contribuer à les conforter. L’occasion est en fait donnée à la Syrie d’être considérée pour elle-même et non plus exclusivement sous l’angle de la situation libanaise. Elle doit saisir cette occasion.

Comment voyez-vous la situation de la Syrie sur la scène régionale ?

Disons-le, elle semble souffrir d’un isolement progressif que sa relation trop exclusive avec l’Iran, pays non arabe, ne pouvait qu’accentuer. Il est important que la Syrie prenne toute sa place dans le monde arabe et sur la scène internationale. Elle ne pourra le faire que si elle dispose d’un ensemble de relations bilatérales équilibrées et conforme à sa nature et à sa vocation : un carrefour au sein du monde arabe. De ce point de vue, la participation du président Assad à la réunion constitutive de l’Union pour la Méditerranée est un bon signe qui illustre, je crois, la volonté syrienne de se réinsérer dans le concert diplomatique international.

Quelle est aujourd’hui la position de la France à l’égard de la Syrie ?

Les relations franco-syriennes doivent évoluer vers davantage de normalité, de rationalité, de réalisme et moins de passion. Il est de l’intérêt de la Syrie de sortir de son isolement, de moderniser rapidement son économie. La France me semble prête à jouer le jeu sans a priori dès lors que la situation libanaise tend à se stabiliser. L’application intégrale de l’accord de Doha, avec notamment la désignation d’un gouvernement libanais, devrait ainsi permettre de relancer nombre de sujets, dans tous les domaines, politiques, culturels et économiques. Sur le plan politique, il faut souligner la disponibilité de la France, et plus encore son souhait, de contribuer à un règlement de paix dans la région. Pour la Syrie, le règlement de la question du Golan peut désormais devenir un objectif réaliste. Il ne faut pas gâcher cette occasion, d’autant plus que l’interlocuteur israélien paraît parfois politiquement fragile et, du coup, manquer de constance.

Quid des dossiers économiques ?

La Syrie a incontestablement fait des progrès en matière de libéralisation, mais ils n’ont pas encore eu un impact significatif pour au moins deux raisons : la situation régionale instable, qui pousse les investisseurs à la prudence, mais aussi une déception quant à la mise en place de procédures d’attribution de marchés transparentes et équilibrée. Le traitement de certains dossiers a ainsi pu donner la fâcheuse impression que toutes les conditions pour l’accueil d’investissements entourés de garanties suffisantes n’étaient pas encore réunies. Il faut travailler sur ce sujet, d’autant que je suis convaincu que la Syrie, en raison de sa situation géographique comme de la qualité de sa main d’œuvre, dispose d’un réel potentiel de développement. Bien évidemment, quelques grands projets retiendront l’attention des observateurs : la modernisation de l’aéroport de Damas est un exemple, mais il y en a d’autres.

En définitive, quel est l’objet de votre mission ?

Nous voulons apprécier l’état de la relation bilatérale dans tous les domaines, après de longs mois de difficultés et, le cas échéant, contribuer à lever les derniers malentendus qui pourraient persister. Mais nous voulons aussi faire le point sur un sujet dont personne ne parle et qui est pourtant colossal : l’accueil par la Syrie de plusieurs centaines de milliers de réfugiés d’Irak, de toutes ethnies, de toutes confessions, de tous niveaux sociaux….Les chiffres varient entre 600 000 et 1,2 million de personnes. C’est une réalité que nous avions perçue lors de notre mission d’avril 2007. Nous avons alors contribué à un engagement renouvelé de la Croix Rouge française sur place mais aussi de nombreux relais d’Eglises. La situation est cependant loin d’être stabilisée : nous ne pouvons nous désintéresser de ce drame humain, révélateur des traumatismes provoqués par l’aventure américaine de 2003.

Imprimer cet article
Logo Sénat

Le Groupe d'amitié France-Syrie


Lettre de diffusion
Abonnez vous
 
Philippe Marini
Les relations franco-syriennes vers plus de rationalité
Notre sponsor
Groupe Economique MAS
Site partenaire
The Syria Report