Buste d'un prince d'Ougarit, ville où fut découvert l'alphabet          
    
         
 



Actualités

Les fiers habitants d'Arwad pourront désormais se tourner vers l'hotellerie
18 novembre 2009

L’île d’Arwad est la seule île située sur la côte est de la mer Méditerranée et se situe à 3 kilomètres au large de Tartous. Les habitants d'Arwad sont réputés pour être des descendants des phéniciens et les ultimes détenteurs des secrets de leurs constructions navales.

v

En effet, ses habitants ont depuis la nuit des temps trois sources de revenus : la pêche, la construction de bateaux entièrement en bois selon des procédés artisanaux uniques, et la navigation. Ces trois spécialités constituent ensemble un mode de vie et une culture très riche.

L'île des Arwadiens est mentionnée dans l’histoire depuis l’antiquité. Elle est complètement urbanisée depuis des siècles et les quelques espaces à ciel ouvert ne représentent qu'une fine bande de terre autour de l'île dont une partie est battue par les tempêtes, une autre sert de chantier naval et une dernière de port. L'ensemble de l'île était jusqu'à il y a quelques mois classé patrimoine historique de la Syrie.
 
Une île aussi exceptionnelle ne pouvait pas rester sans attirer la convoitise. Depuis longtemps déjà, un projet d'expropriation de l'île et de départ forcé de ses habitants les menaçait.
 
En ce qui concerne la pêche, les arwadiens sont déjà bien mal en point avec d'un côté les désastres dus à la pêche à la dynamite, interdite, mais effective, et à tous les chalutiers usines qui raclent le fond des mers, de nationalité grecque, chypriote et turque, illégaux, mais également opérationnels, le contrôle des gardes côtes étant de son côté inopérant. Il ne reste plus de poisson dans la zone car ces modes de pêche enrayent tout l'écosystème en embarquant indistinctement grands poissons, petits poissons et même œufs de poissons.
 
Par ailleurs les contraintes administratives multiplient les frais à la charge du pêcheur arwadien qui veut avoir accès à la criée de Tartous et qui veut utiliser un filet  de pêche conforme aux normes. Manger du poisson devient un luxe que ne peut plus se payer le pêcheur et sa famille.
 
Quant à la construction de bateaux, le savoir faire des arwadiens en matière de bateau à voile est reconnu par tous les spécialistes. Leurs œuvres ont fait leurs preuves à travers l'histoire (c'est très certainement un bateau arwadien qui a transporté Elissar à Carthagène) et à travers les mers (le dernier exploit en date est celui d'un arwadien sur son voilier qui a relié le cap de bonne espérance en partant d'Arwad puis qui y est revenu en passant par Gibraltar). Mais un quota de bateaux est imposé aux artisans d'Arouad qui ne peuvent donc répondre aux nombreuses commandes turques, grecques, chypriotes, lybiennes et même russes.
 
Quant à la navigation et au voyage, les embûches administratives qui y sont rattachées sont tout à fait dissuasives.
 
Malgré tout cela et la paupérisation rapide de l'île d'Arwad qui en découle, les arwadiens continuent d'habiter et de vivre sur leur île et résistent jusqu’à ce jour à la tentation (encouragée par les autorités continentales) de vendre leurs propriétés aux chaines hotelières.
 
Ces autorités ont donc du procéder à l'expropriation. Pour cela il a fallut au mois de mai dernier, lever la protection de patrimoine historique qui protégeait l'île dans sa globalité. Malgré le tollé soulevé par cette mesure dans la société civile, l'île n'a plus de protégé aujourd'hui que sa citadelle, son phare, son vieux port, son rempart phénicien, son hammam ottoman et treize de ses demeures.
 
A proximité de la citadelle, une surface de 7000 mètres carrés sera coupée du reste du tissu urbain et abritera le fameux hôtel rêvé par les autorités, haut de quatre étages, avec 120 chambres et un port privé.
 
En effet, un groupe d'hommes d'affaires mené par M. Abdel-Kader Sabra et regroupés au sein d'une compagnie privée appelée la Arwad Tourism Company (ATC) a annoncé avoir investi environ 30 millions de dollars dans le développement d'un hôtel 4 étoiles sur l'île d'Arwad.
 
Les partenaires de M. Sabra au sein de l'entreprise chargée de développer le projet, sont Samir Hassan, Omar Karkour, Nazo Yacoubian, Issam Anbouba et Nader Kalai. La compagnie ATC a signé un contrat de type BOT de 45 ans avec le ministère du Tourisme. Le projet sera donc intégralement géré par l'ATC pendant cette période, prolongeable de 20 ans supplémentaires, pour être finalement remis au gouvernement syrien.
La compagnie émiratie de gestion hôtelière Rotana Hotels fait partie des firmes en pourparlers avec l'ATC.
 
C'est étrangement le potentiel touristique supposé de l'île qui est sensé donner tout son sens à ce projet, qui a nécessité pour sa réalisation le déclassement de l'île et l'expropriation d'habitants. Parallèlement, aucun effort n'a été fait dans le sens de la préservation du patrimoine culturel et économique de l'île, au contraire.
Souhaitons que les touristes n'y regardent pas de trop près.
 

Imprimer cet article
Logo Sénat

Le Groupe d'amitié France-Syrie


Lettre de diffusion
Abonnez vous
 
Philippe Marini
Les relations franco-syriennes vers plus de rationalité
Notre sponsor
Groupe Economique MAS
Site partenaire
The Syria Report