Buste d'un prince d'Ougarit, ville où fut découvert l'alphabet          
    
         
 



Actualités

Sauver Arwad!
25 novembre 2009

Arwad ou le Patrimoine mondial phénicien coulé dans du béton armé

Les cités phéniciennes s’appelaient Arwad, Byblos, Sidon et Tyr et leur fondation remonte pour la plupart à la très haute Antiquité, c’est à dire vers 3000 ans avant notre ère. C’étaient des cités états ou royaumes indépendants qui partageaient une langue et une culture commune et dialoguaient non seulement avec les très célèbres égyptiens mais avec de nombreux autres peuples. Ils possèdent un savoir faire extraordinaire (Pourpre, verre, bateaux, etc.) qu’ils font connaître par leur commerce à travers le monde.

m

Juin 2006, je viens pour la première fois à Tartous, pour faire connaissances avec d’autres volontaires pour la protection d’Amrit. Le site phénicien d’Amrit, tout prêt de Tartous, m’apparaît au coucher du soleil d’été dans sa totale splendeur ; je suis émerveillée par le temple et sa source sacrée dont les eaux guérissent, les fuseaux ou tours funéraires des tombes royales, uniques en Phénicie, le stade olympique, ancêtre d’Olympe, le cimetière Azar avec ses centaines de tombes dont certaines contiennent encore les secrets des phéniciens.
Le temps paraît s’être arrêté sur ces joyaux que nous ont laissés les phéniciens. Je comprends maintenant l’importance stratégique du triangle Arados (Arwad) / Antarados (Tartous) / Marathos (Amrit).

Arwad, témoin de la Civilisation Méditerranéenne…

Un savoir-faire millénaire et unique de fabrication de bateaux qu’il faut perpétuer !

Un mois après ma première visite, je reviens pour visiter Arwad accompagné de mes amis volontaires Rana, Tony et le journaliste Waed Almhana. Ils me présentent à Monsieur Salah Balawan, un charpentier de marine chevronné et chef d’un des chantiers navals, qui me raconte :

« Je suis le descendant des phéniciens, et ma famille se transmet le savoir faire des bateaux depuis des millénaires, je serai heureux de terminer ma carrière en construisant une réplique de barque phénicienne de commerce ».

Nous avons commencé ensemble à écrire un tel projet mais les anglais ont été plus rapides. Une barque phénicienne, construite par Khalid Hammoud et son équipe, est sortie des ateliers d’Arwad en été 2008.

Comment les phéniciens exploitaient l’environnement extraordinaire de la mer autour de l’île !

Monsieur Salah Balawan m’a confié aussi : « Toute ma vie, je me suis demandée comment les habitants phéniciens d’Arwad, privés d’eau douce du continent pendant les guerres, ont survécu, et j’ai cherché sans relâche, le fameux appareil à récupérer l’eau douce de sources sous-marines. Je l’ai trouvé après 15 ans de recherche. A cette occasion, j’ai pu rencontrer le Commandant Cousteau qui s’est intéressé à cette découverte. Les libanais voulaient le récupérer mais j’ai souhaité qu’il reste en Syrie. Malheureusement, l’appareil, unique au monde, une cloche en cuivre, initialement attaché à un tuyau en cuir, dort maintenant dans un coin du Musée de Tartous, et tout le monde a oublié cette histoire ».

Arwad, trait d’union entre Orient et Occident…

Voici ce que relate Serge-André Mahé, défenseur du dialogue en Méditerranée: « Le blason de la ville de Nîmes où habitent mes parents représente un crocodile enchaîné à un palmier. Le crocodile est le symbole de l'Egypte et le blason évoque la domination de l'empire romain et donc des légionnaires Nîmois sur l'Egypte sous le règne d'Auguste. Mon père n'a pas toujours habité Nîmes, il y est venu de Normandie. Pour marquer son attachement intransigeant à cette ville et au midi qu'il vénérait, il s'est donné un blason inspiré par celui de Nîmes: un léopard enchaîné à un palmier. Le léopard  étant le symbole de la Normandie représentait bien sûr mon père.

Quel ne fut pas mon étonnement de retrouver à Arwad qui fut romaine exactement le même blason!

Le léopard ne représentait plus mon père mais Richard coeur de lion, qui, après avoir combattu Aladin, dût repartir en Occident pour défendre ses royaumes: la Normandie, l'Angleterre et l'Anjou, convoités par le roi de France jusqu'ici son allié. Richard était parvenu aux portes de Jérusalem mais il préféra ne pas chercher à la prendre puisqu'il devait de toute façon repartir.

Ce blason fut sculpté de part et d’autre de la porte du fort des Francs à Arwad pour relater ce départ. Bien sûr, il marque la victoire de Saladin mais il marque aussi le fait que Richard coeur de lion (ou Malek-Ric comme on l'appelait en arabe) qui n'avait pas dit son dernier mot, était respecté par son rival dans le plus pur esprit chevaleresque digne de l'époque en orient comme en occident.

Elle marque aussi pour moi indubitablement l'attachement de Richard coeur de lion à cette terre dont Arwad fut pour lui la porte de sortie ».

Il faut protéger Arwad, Patrimoine Mondial de l’Humanité…

Arwad, jusqu’au mois de mai 2009 était classé patrimoine historique de la Syrie mais les autorités syriennes ont levé cette protection. Malheureusement, l’UNESCO n’a pas eu le temps de classer cette île sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité depuis que les mêmes autorités syriennes l’avaient proposé il y a 10 ans (en 1999).

A ce jour, aucune fouille archéologique sérieuse n’a été entreprise sur ce site pourtant d’un intérêt capital pour mieux comprendre la civilisation phénicienne.

Et maintenant, des investisseurs syriens et étrangers imposent aux Arwadites un complexe hôtelier haut de quatre étages, sur 7000 m2 expropriés.

Tous les syriens disent : « C’est la faute à Rami Makhlouf » et paraissent baisser les bras devant ce puissant homme d’affaires syrien qui serait à l’origine de ce projet, et bien d’autres en Syrie, à venir.

Ne croyez pas que ce formidable projet va détériorer la beauté du site, de l’habitat traditionnel et de l’environnement marin, soyez en sûr ! Nous appelons tous les gens sensés et amoureux du patrimoine mondial à réagir car il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Oriane Matte.

http://www.heartofdamascus.org

Lire :
- Galus, Christiane. 2003. « De précieuses réserves d’eau douce en pleine mer ». Article paru dans le Monde du 30/07/2003.
- Briquel-Chatonnet, Françoise. 1998. « Les phéniciens – Aux origines du Liban ». Edition Découvertes Gallimard.
- Exposition de l’Institut du Monde Arabe. 2007. « La Méditerranée des Phéniciens – De Tyr à Cathage ». Edition Institut du Monde Arabe.
- Almhana, Waed. Article sur Arwad en arabe accessible sur www.heartofdamascus.org /Arwad.

Imprimer cet article
Logo Sénat

Le Groupe d'amitié France-Syrie


Lettre de diffusion
Abonnez vous
 
Philippe Marini
Les relations franco-syriennes vers plus de rationalité
Notre sponsor
Groupe Economique MAS
Site partenaire
The Syria Report